Le projet Andersen
Robert Lepage, metteur en scène québécois, nous fait voyager à la découverte du conteur Hans Christian Andersen. Une rencontre entre romantisme et modernité.
Une danse sensuelle et poétique avec un mannequin de couture ; une lampe de chevet pour un jeu d’ombre et de lumière inspiré du conte L’Ombre d’Andersen ; une laisse animée pour faire vivre Fanny, une chienne caractérielle… Robert Lepage impressionne par la manipulation d’objets très simples. Et paradoxalement, il multiplie des univers où les langages cinématographique et théâtral s’entremêlent dans une perspective multidisciplinaire. Les dispositifs techniques source de créativité relèvent de la prestidigitation. L’acteur, Yves Jacques, change de costumes avec une dextérité impressionnante. Le recours aux nouvelles technologies crée des images étonnantes. Les talents de Robert Lepage sont une fois encore reconnus pour leur originalité. Pourtant, il ne s’agit que de projections de différents décors sur une toile incurvée, d’un immense cadre et de planchers mouvants, mais l’effet obtenu est saisissant.
Robert Lepage explore les thèmes de la solitude, des espoirs déçus, des fantasmes inassouvis, des troubles de l’identité sexuelle, de la soif de reconnaissance qui se dessinent en filigrane dans la vie et les œuvres d’Andersen. A travers trois personnages, il attire l’attention sur la part d’ombre et de lumière qui cohabite en chacun de nous. Yves Jacques incarne tour à tour Frédéric Lapointe, auteur québécois invité par l’Opéra Garnier pour écrire une œuvre pour enfants à partir d’un conte méconnu d’Andersen, La Dryade ; le directeur artistique de l’Opéra Garnier, de La Gambretière ; et Rachid, un jeune tagueur maghrébin, concierge de « peep-show ». C’est par le voyage, « le mouvement vers l’Autre », que Frédéric Lapointe tente de découvrir ce qui le touche et l’anime. « Aller vers l’extérieur pour mieux comprendre l’intérieur ». Au lieu de nous présenter une simple biographie, Robert Lepage a choisi de mettre en exergue ce qui, dans la vie d’Andersen, trouve un écho dans notre monde moderne. Alliant humour, tendresse, perversité et inquiétude, il en profite pour remettre en cause l’idée que Paris est le centre névralgique de la culture et il aborde les politiques européennes culturelles où la question du financement passe avant la création artistique. Malgré des thèmes qui peuvent choquer, l’acteur ne tombe jamais dans la vulgarité.
Sollicité par le Royaume du Danemark pour célébrer le bicentenaire de la naissance de l’auteur du Vilain petit canard, Robert Lepage a mis plusieurs mois avant d’accepter le projet. C’est en lisant le journal intime de l’écrivain qu’il s’est découvert des points communs avec le conteur danois. Ce sentiment d’être différent des autres, comme l’éprouvait Andersen, a amené le metteur en scène à s’identifier à lui, lui permettant d’aborder l’homme sous un angle méconnu. Andersen menait une vie loin des fées de ses contes pour enfants.
Après deux ans de représentation, ce spectacle est parfaitement rôdé. A ne pas manquer.